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L’effet Sissi n’est pas ce que l’on croit.

L’effet Sissi, commence avec Romy Schneider, pouponne et souriante : une princesse de conte de fée qui – en vrai – se suicidera. Elle est une icône du bonheur conjugal et royal, une égérie des animaux qui gambadent autour des lacs bavarois. De manière plus précise encore, Visconti l’a montrée solitaire, hiératique, en amazone sur un étalon noir, épiée par un Helmut Berger plus Ludwig que nature.

Il y a bien eu Ava Gardner dans Mayerling, en reine mère mûre et compréhensive, ainsi que d’autres incarnations comme ces inconnues qui chantent tous les étés en play-back dans une comédie musicale, mêlant chorégraphies et violoneux aux Wittelsbach.

Il suffit donc de s’intéresser à la véritable Elisabeth d’Autriche pour que ces représentations se brouillent et que l’on se fabrique une chambre d’écho à soi. L’effet Sissi m’a conduit à peindre des tableaux aussi étranges et dérangés qu’elle.

Comme pour le Tombeau de Simone de Beauvoir (2008-2009), grand ensemble consacré à cette figure fameuse de la littérature et du féminisme, je suis partie d’éléments véridiques mais disparates, parfois anecdotiques, mais toujours référencés. Les images créées ne racontent pas Sissi de manière littérale, mais elles font écho à ses névroses et aux clichés qui l’entourent.

Quelques axes forts se dégagent : les statues de Sissi, ses cheveux longuement nattés et disposés en couronne, son mari – un âne ou un empereur-, Marie-Charlotte d’Alençon, sa petite sœur morte brûlée vive, le Schönbrunn de cartes postales, les cygnes du lac de Genève au bord duquel elle fut assassinée par un anarchiste italien…

Ma manière de peindre dépend du format, du sujet, de l’approche… Elle va d’un photoréalisme relâché à un expressionnisme de circonstance. Le questionnement sur le style en peinture rejoint pour moi l’énigme biographique. Quelle est la juste représentation ? Quelles sont les limites du réalisme ? Où se niche une forme de vérité ?

Nina Childress, mai 2010

 

THE SISSI EFFECT

The Sissi effect is not what we think it is.

The Sissi effect starts with Romy Schneider, a smiling doll face, a fairy tale princess who will later commit suicide. An icon of royal wedded happiness, she is also a friend of the cute animals leaping around Bavarian lakes. In a very precise way, Visconti shows her as a lonely woman, riding sidesaddle a black stallion, spied by Helmut Berger more Ludwig than Ludwig himself. There is also Ava Gardner in Terence Young’s Mayerling, mature comprehensive queen mum, and anonymous actresses who portray Sissi in outdoor musicals every summer in Bavaria, mixing dancing, violins and the Wittelsbach dynasty.

Once you start to pay attention to the real Elizabeth of Austria these substitutes dissolve and you build your own echo chamber as the film images reverberate against the historic iconography. « The Sissi effect » led me to paint pictures as strange and mad as Elizabeth was. As I did for the « Tomb of Simone de Beauvoir » (2008-2009), my large ensemble about the well known figure of literature and feminism, I started out with a variety of disparate but true elements, sometimes anecdotal but in every case referenced.

My images don’t depict Sissi literaly, but reflect the neurosis and clichés which surrounded her. My way of painting depends on the format, the subject, and the point of view. It goes from relaxed photorealism to circumstantial expressionism. Questioning style through painting is a way for me to approximate the biographic enigma. Which is the true way to represent a person? What are the boundaries of realism ? Where does a form of truth lie hidden ?

 

Nina Childress, September 2010