< Textes — 2013 — notice pour « Représentation » par Cécile Marie

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La figure de la Cantatrice fait partie de son répertoire. En 2009 au Mamco à Genève, elle consacre son exposition à deux figures féminines du XXème siècle, la soprano Marjorie Lawrence et la remarquable auteur du Deuxième sexe, Simone de Beauvoir. Nina Childress, joue aussi avec tous les archétypes féminins, et à même récemment repris L’enterrement à Ornans du célèbre peintre de L’origine du monde Gustave Courbet, pour remplacer tous les personnages par des filles nues peintes en vert aux accents fluorescents, entourées de cygnes. L’artiste s’autorise toutes les transgressions et avec une palette criarde, met la peinture sur scène.

Nina Childress donne sa voix à la peinture. Sa passion pour l’art lyrique et la scène, s’expose dans Représentation. Le tableau présenté ici, est son 736ème tableau et date de 2004. Inspirée de la cantatrice Susan Graham après une version concert d’un opéra, la scène témoigne avec burlesque de l’effroi que peut représenter le temps de la fin d’une représentation.

Une cantatrice tient une cigarette à la main, des roses sont jetées sur scène, près d’un pupitre. Ces indices sont certes, ceux de la fin d’un concert, d’une représentation. Mais le phylactère de fumée, est aussi le début d’une représentation autre qui se joue durablement, la représentation de la peinture. Une nouvelle exécution s’engage, entre les figures scéniques et picturales, entre les différents tableaux.

Carole Boulbes écrit à propos de ce tableau dans le catalogue monographique paru aux éditions Sémiose : « Dans son dos, la fumée s’élève en créant une sorte de phylactère vide, qui fait concurrence à la peinture elle-même. Picturale ou scénique, la représentation est le fruit d’une action performative – tout comme l’acte d’exposer. »

Dans ce tableau, on retrouve en effet, le vocabulaire des années 80, celui des romans photos et des phylactères, et cette constante dualité et mélange des genres. Dans Représentation, ce n’est pas la peinture qui part en fumée mais la fumée qui part en peinture.

La représentation de la peinture est mise en abyme à plusieurs niveaux, la figure de la cantatrice haute en couleur s’abyme dans le fond du tableau. Des zones floues sont déjà perceptibles, notamment dans le regard de la cantatrice. Il est impossible de discerner clairement à quel moment la figure en représentation se dissout dans un autre espace de représentation : le grand tableau du fond. Figure et abstraction se télescopent dans ce chant de peinture orchestré. Mélodies de l’abstraction et de la figuration, dégoulinures de la peinture, décors de fin de représentation, sont ici autant de tableaux scénographiés.

Les tableaux s’enchâssent dans le tableau : Représentation est à la fois dramaturgie picturale et musicale. Dès lors, on comprend mieux cette phrase de l’artiste  « la peinture est à la photographie ce que le concert est au disque ».

 

Cécile Marie mai 2013

notice pour l’exposition galerie MAD de l’école de marseille une expo « A hauteur d’oreille »,