< Textes — 2007 — FRAC LIMOUSIN

OLYMPUS DIGITAL CAMERAÀ l’origine de cette exposition, il y a la présence dans la collection du Frac Limousin d’une étonnante peinture de Nina Childress « Les Blondes I » (1997) acquise en 1998. Etonnante peinture que celle-ci : sur un format carré flotte un halo bleu clair traité à l’acrylique (comme le dit l’artiste, pour faire oublier les coins) sur lequel flottent à leur tour, tête-bêche, deux motifs de chevelure peints à l’huile où l’on perçoit clairement à la fois le défi que constituent ces motifs, non pas gestuels, mais ondulants, soyeux, et un véritable plaisir de peindre.
On pense, bien entendu, aux images publicitaires, incrustations télé, etc. et on a raison de s’y référer, car la source de cette image est bien là. Cependant, le message semble différent : il ne s’agit plus d’être attiré au point de devoir absolument acheter ce nouveau shampoing démêlant ou autre, mais de considérer attentivement, dans un temps tellement ralenti qu’il en devient immuable, les éléments constitutifs de notre fascination.

Autour de cette peinture, des tableaux récents montrent les nouvelles expériences rétiniennes de Childress. Nettement orientés vers des (fragments d’) images d’intérieurs (rustiques, modernes, …) issus de magazines de décoration, ses nouveaux tableaux se singularisent autant par des recadrages audacieux (Chaise et Post-it, notamment), des mises en abîme (tableau de tableau, tableau de table, tableau de portrait) que par des manières de peindre qui laissent parfois penser que certains des outils qu’elle utilise sont déréglés.
Est-ce la qualité moyenne de l’impression qui fait ainsi baver l’image ? Est-ce l’ordinateur qui a été mal réglé ? Est-ce ailleurs une volontaire maladresse ?
Ses nouveaux tableaux semblent en tout cas résister à la mise au point.
Comme d’autres peintres d’aujourd’hui familiers du Frac Limousin (John Currin, Glenn Brown, Franck Eon, Gabriele Di Matteo, Andreas Dobler,…) Nina Childress persiste à interroger le cliché dans le sens photographique du terme, mais aussi la peinture en tant que cliché, où tout semble avoir déjà été peint, de toutes les manières possibles, et avoir déjà été récupéré, stylisé, épuisé dans le décor. Les stratégies qu’elle emploie contribuent à donner à ses tableaux la présence singulière et obsédante d’images déjà-vues, mais pas définitivement
perdues dans les oubliettes de notre mémoire.

Yannick Miloux

www.fraclimousin.fr/