< Textes — 2008 – RVB / GALERIE ICONOSCOPE

IC5La galerie Iconoscope présente le travail de Nina Childress, artiste inspirée que l’on ne se lasse pas de suivre. Le titre de l’exposition (RVB) renvoie au format de codage des couleurs (rouge, vert, bleu), utilisé dans la vidéo, les écrans et les images numériques. Nina Childress poursuit son exploration des couleurs et des effets optiques. Ses toiles jouent ici sur la synthèse et les écarts de vision pour questionner les qualités et les fonctions de l’image.
Au-delà du phénomène perceptuel, la couleur est associée au souvenir, la princesse nous plonge dans un univers kitsch aussi réaliste qu’artificiel. Positionnement des couleurs décalées et esthétique vintage rappellent certains films technicolor ou en vision 3d. Les scènes d’intérieur ressemblent à des décors inspirés de magazines de décorations des années 50 bien que choisis en fonction d’un climat psychologique précis, favorable aux errances mentales. Sur fond d’imaginaire stéréotypé, les images dégagent un arrière-plan subjectif très personnel. L’utilisation de jus de peinture à l’huile lui permet de nuancer, de créer notamment des effets de vieillissement et des ambiances particulières. Les images-souvenirs font surface et s’accumulent comme autant de spectres à assembler pour tenter une difficile reconstruction. De ce monde enchanté, théâtre de ses rêves, se dégage une atmosphère angoissante, qui laisse sans voix à l’instar de cette diva en concert, dont sont uniquement diffusées les images.

Fascinée par la peinture, Nina Childress l’utilise comme un piège visuel, à la fois séduisant et troublant, cristallin et saturé. Le malaise vient sans doute de la déstabilisation du regard mais aussi de la discontinuité qui existe entre nos projections et la réalité de la vie. Le pouvoir de l’image épuise la représentation du réel pour en faire une structure vide. Nina Childress transcrit ce vide, déjà perceptible dans ses peintures de jouets, de chevelures sans visage et de princesses désespérément floues. Elle met à mal le motif par le traitement pictural, questionne la validité de l’image, joue sur l’ambiguïté pour casser les certitudes. Mais dans ce cadre doublement fictif, elle préserve un décor, espace fantomatique, dont l’étrangeté provient de la persistance d’une présence. Présence qui crée une tension dans la relation avec le spectateur, qui fait qu’il peut y avoir de l’émotion, de la douceur, qui fait que ce travail est faussement conventionnel, subvertissant les formes d’un classicisme apparent, qui fait que la peinture mène la danse, et explique qu’un jour Nina Childress ait dit  » la peinture est à la photographie ce que le concert est au disque ».

Céline Mélissent  vendredi 2 mai 2008

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