1984 – Nina ou la figuration psychédélique

Article inédit, signé TEENIE, à propos de l’expo dans le cadre « AUTREMENT », Espace Kiron, Paris, du 25 au 30 sept 1984

Les aléas du festival d’Autrement, ont placé à l’espace Kiron la peinture de Nina Childress dont l’esprit et les couleurs contrastent violemment avec les travaux de Paul Pack, Ph. Charpentier et Pierre Marie Ziegler, seuls Placid et Muzo entretiennent avec elle quelques affinités.

Sa peinture est à l’image de la musique de Lucrate Milk – dont elle était la chanteuse –, c’est-à-dire unique. Après de nombreux concerts, trois disques, et des éloges dans la presse anglaise, le groupe parisien le plus « arty » est maintenant dissous. Comme les toiles de Nina, leur musique est caractérisée par l’intervention, l’humour et une énergie formidable.

Son travail découle, de ce courant de la fin des années 70 et le début des années 80, qui est, la figuration libre. Après les rituels de l’art corporel, l’espace mental de l’art conceptuel, la figuration libre explose, rebelle, indifférente au « bon goût » et à toute préoccupation formelle. Leurs toiles sont baroques, expressionnistes, très vives, impulsives et parfois presque enfantines. C’est le retour à la liberté, à la subjectivité, avec une vitalité créative, individuelle et débordante.

Passer d’une peinture frontale très réaliste est un peu dure, Nina réalise actuellement une figuration aux étranges contorsions, se mouvant dans un décor psychédélique envahissant, fait de lignes, formes et symboles divers, choisis pour leur seul aspect décoratif.

La libération et l’évolution rapide de son travail s’est réalisée par l’abandon de supports photographiques. Cet abandon marque le départ d’une peinture nouvelle expressive, satirique, à la fois spontanée et élaborée. Dotée d’une certaine habileté technique, elle va continuer d’utiliser un réalisme excessif à fort impact, pour pratiquer un véritable détournement d’images.

Ces toiles sont des mises en scène de personnages très caricaturaux aux mains embarrassantes, aux corps raccourcis, aux attitudes sexuelles, aux visages déformés par des sourires télévisuels. Car en effet, comme Bazooka en 78 qui se servait de la presse, Nina utilise une image déjà médiatisée, en puisant dans un immense réservoir : la télévision. Les séquences de Gym Tonic, les prestations de Michel Drucker, les séries télévisées tel que Dallas et Dynastie, riches en valeurs et archétypes moraux, la fascinent. Substance de choix pour son inspiration, Dallas demeure accollé à son nom pour l’ensemble de la scène parisienne. Avec des compositions du pape accompagné d’une cohorte d’anges et de religieuses joyeuses, bien loin des images pieuses et de la morale catholique, Nina s’attaque également à une autre institution : la religion.

Comme Di Rosa en France, Kenny Scharf aux États-Unis, Nina appartient à cette génération de la télécommunication, nourrie de dessins animés, de séries télévisées, de bandes dessinées qu’elle assimile avec intelligence, ironie et malice.

Sa vision érotisée de notre « plouc culture » est trop critique pour être kitch ou seulement plaisante, mais par contre extraordinairement saine. Avec son psychédélisme technicolor, Nina et certainement une des consciences, sinon l’œil le plus critique mais aussi le plus humoristique, de toute la figuration actuelle.

056 — Petite peinture hallucinogène (fleur à 5 pétales)— 1984  — acrylique fluo sur toile — 46 x 55 cm